« De mai en mai… »

Nostalgie: de mai en mai…
rédigé le 7 mai 2012

Un dimanche de Mai 1981, j’avais commencé tôt ma journée de manips ( à l’époque, je bossais à la Fac des Sciences de Jussieu) en ayant eu soin de me rendre à l’école de la rue Lamarck, le matin tôt, pour déposer dans l’urne mon bulletin de vote à l’election présidentielle . J’espérais terminer avant l’annonce des résultats et le début de la soirée electorale, mais l’heure était bien avancée et je n’avais d’autre choix que de me rendre dans un café pour y écouter l’annonce des résultats et découvrir à la télé le profil pixellisé de l’heureux élu.

Cinq minutes avant vingt heures, je quittai la tour 43 pour me rendre au pas de course dans un bistrot de la place Jussieu. Mais en traversant le parvis, je m’aperçus que je n’y serai pas, trop tard…comme toujours si mes manips ne foiraient pas c’était mes soirées qui foiraient…Dans ma course, j’avisai au passage la cahute du gardien à l’entrée du site, je l’aperçus derrière la vitre, un poste de radio collé à l’oreille. Armé d’un grand sourire pour souligner mon hochement de tête approbateur je lui fis signe que je voulais écouter, c’était un africain qui d’un grand rire m’ouvrit sa porte…et nous entendimes tête collée contre tête la victoire de Mitterand…Nous nous sommes embrassés et avons sauté, oui sauté ensemble , enfin il me fit sauter de joie avec lui…Et puis au revoir!
201105101193

Je descendis quatre à quatre les marches du métro pour rentrer chez moi…Combien de gens heureux je pus croiser! …On se parlait sans se connaitre…Rare dans le métro! On disait une grande fête à la Bastille, j’irai. Voilà 20 ans que je votais pour avoir la gauche au pouvoir… Revenu du service militaire après deux ans d’Algérie, en novembre 1962, ma première démarche fut celle d’aller établir ma carte d’électeur…Aussi après plusieurs élections, quelle récompense, quel soulagement d’avoir vu cette gauche s’unir au long des années après beaucoup de difficultés, après tant de compromis et combien de couleuvres avalées! Oui , il me fallut bien tout ce temps pour passer d’un idéalisme nourri des années 50, à ce printemps de mai riche de projets et d’espoirs mûris pendant toutes ces années! Mais aussi empreints, hélas! d’un aveuglement vis -à-vis des politiciens  » de tous bords »…

Hé oui, il me fallut bien encore 20 ans pour comprendre que mes espoirs étaient trompés . Ainsi je me trouvai devant une gauche bourgeoise, bien engoncée dans ses cols anglais, cravatée de soie, vêtue de belles étoffes et qui lança d’emblée les premiers grands travaux de la République, parmi eux la construction de l’Opéra Bastille…Comment pouvait-on face à ce lieu emblèmatique de la révolution du peuple de la faim, dresser cet écrin de la culture réservé aux riches…Alors que j’y voyais le symbôle d’une culture non plus réservée à l’élite mais distribuée au peuple. Le pouvoir aveuglait-t-il autant?

Et pourtant il y eut des idées, mais avant de repenser la société ne fallait-il pas soigner ses propres souffrances? Encore des cartons servant de litières à des SDF? Encore des restos du coeur? Encore des salaires de misère? Et la liste serait longue , mais c’est cela que l’on voit tous les jours devant soi…La gauche a confondu « plaire » avec « ne pas déplaire » et c’est ainsi que l’on a assisté à un abandon progressif de la souveraineté républicaine. On abandonne alors la gouvernance à ceux que nous sommes censés gouverner…

Bastille-10-mai

Ainsi, trente ans plus tard je veux ré-élire un président de droite pour lequel j’ai voté en 2007. Comment peut-on renier sa famille de gauche? Comment la gauche m’a-t-elle amené à le faire? Je ne vis pas sereinement ce nouveau regard que j’ai porté depuis une dizaine d’années sur la politique, mais la gauche s’est assoupie en 2002. En certaines occasions, je n’ai entendu que des silences alors que j’aurais aimé entendre ne serait-ce que quelques protestations: le politiquement correct s’imposait, le moins de vagues, surtout pas d’opposition même feutrée. Plaire aux plus nombreux pour asseoir son pouvoir, le pouvoir, cette drogue qui pourrit nos démocraties.

Alors ce soir, je peux me poser des questions sur la façon dont j’ai ressenti à 30 ans d’écart l’avènement de la gauche…Je reste presqu’indifférent à la victoire de la gauche dans notre beau pays, comme j’assistais autrefois au contentement de la droite.Ne vous croyez-vous pas capables de pressentir ou d’écrire les discours de nos chers présidents sortant et entrant. Je ne suis pas blasé , mais l’histoire de ce pays magnifique s’écrit aussi par l’alternance des pouvoirs , par les cycles des espoirs gagnés et perdus, par les poussées diverses de ce monde qui nous presse , qui nous inquiète.
Gauche ou droite, qu’est ce que cela change?

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