« Paris, l’an 1… »

La rentrée…

 » Si tu te perds, c’est pas compliqué, regarde…Pour aller à la place Clichy, tu prends direction Mairie d’Issy, de Lamarck à Pigalle tu comptes deux stations, tu changes à Pigalle et tu prends direction  Porte Dauphine, tu as deux stations encore : Blanche , et tu sors à Place Clichy, voilà! »…En me répetant ces recommandations, mon frère, plus âgé que moi de deux ans et demi, jouait les affranchis. Avec mes dix ans,  c’est vrai qu’il avait sur moi  « un métro d’avance »…

Le jour de la rentrée de Janvier 1951, maman nous accompagna en métro , Claude et moi,   jusqu’à la place Clichy , pour rejoindre le Lycée Condorcet, le « petit Lycée Condorcet », et  y reprendre notre scolarité, interrompue un mois plus tôt du fait de notre départ d’Alger pour la métropole.

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La Place Clichy

C’était donc simple, en sortant de la bouche du métro, il fallait ensuite traverser la place, en passant au pied de l’imposante statue du Maréchal Moncey. A l’endroit même où il livra la bataille de « la Barrière de Clichy » contre la coalition Européenne en 1814.  A chaque fois que je levais la tête vers ce monument  je la rabaissais, ressentant sur mes épaules tout le poids de cette défaite… d’autant plus que je  connaissais trop bien ce moment d’histoire, je l’ai longtemps contemplé 
En effet, une très belle reproduction, dont nous avions herité des précedents occupants, encadrée sous verre, était accrochée  sur l’un des murs de la chambre où nous dormions. Elle était soigneusement bordée d’une baguette noire semi-ronde vernie, et représentait le Maréchal Moncey à la Barrière de Clichy le 30 Mars 1814…Je me demande encore aujourd’hui, de quelle manière  cette scène terrible, que je devais contempler, face à nos lits, pendant  quelques  années  soir  et matin , aurait pu influencer ma vie…Cela expliquerait-t-il cette première année si morose, si désastreuse, inscrite dans la défaite?

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Reproduction du tableau de Horace Vernet représentant la bataille de la Barrière de Clichy

Quelques jours plus tard, je me retrouvais donc  avec mon frère à courir dans les couloirs comme tous ces gens pressés, à la correspondance de Pigalle. Nous étions en retard. Claude marchant plus vite que moi m’avait distancé, et à un moment je ne le vis plus…Je commençai à paniquer dans la foule et je l’appelai « Clôôôôde »… »Clôôôôde »!… A Bab el Oued on prononçait  « au » comme le son ô, en ouvrant bien la bouche. On ne prononçait pas le son « au », délicatement, comme ici… Mes appels me firent vite remarquer, mais pensant que c’était dû uniquement à  mon accent, le « Clôôôôde » se changea éxagérement en  « Cloude »… »Cloude » !…

Rue d’Amsterdam…

La rue d’Amsterdam partant de la Place Clichy, nous menait au Petit Lycée Condorcet. Nous avions environ trois cents mètres à courir pour être à l’heure, il est vrai que nous étions souvent en retard…  Chaque matin ,  la crainte d’être en retard dominait toutes les autres .  Il existait ainsi  une sorte de hiérarchie,  plusieurs degrés dans mon anxieté matinale de jeune lycéen qui se caractérisait par les appréhensions liées soit à des certitudes comme celles  du devoir non rendu ou du  livret non signé… soit liées au hasard malheureux,  d’ être interrogé,  de monter à la corde lisse ou d’être la risée des autres…
Mais lorsque nous étions un peu en avance, il m’arrivait de trainer  devant un immeuble cossu où je pouvais apercevoir de la rue, la décoration d’un appartement situé au 1er étage. Le champ de vision était plus important observé du trottoir opposé. En effet je pouvais deviner l’emplacement d’une  pièce spacieuse, probablement le salon, orné de trois  fenêtres hautes
, chacune d’elles  bordée  de lourdes tentures croisées haut. Des cercles de lumière plus ou moins diffuse marquaient le plafond, à l’emplacement  des lampadaires  du salon, ici et là. Au centre, un imposant lustre à pampilles  bien qu’éteint,  fixait  sur quelques unes de ses pendeloques quelques  éclats de lumière, provenant des appliques murales allumées aux extremités de la pièce. Le reste de l’espace bien que disparaissant  dans la pénombre permettait de deviner au  milieu du mur,  un large cadre doré entourant  une toile sombre représentant le buste d’un personnage dont le col blanc relevé faisait tâche. La tapisserie des murs, ornée  de rayures alternées sombres et dorées,  ajoutait à l’élegance de ce décor classique. Dans ces matins froids d’hiver, où la nuit régnait encore, il émanait de cette pièce une douce atmosphère feutrée, calme, je me prenais  à imaginer ses occupants… Lorsqu’il m’arrive aujourd’hui de passer rue d’Amsterdam, je recherche encore ce logement, mais en vain. Bien que soixante huit années aient sonné depuis…je ne peux croire que ce ne fut qu’une illusion.

Il fera du Latin…

Donc,   un  mois après notre départ d’Alger… mon frère et moi reprenions le chemin du lycée. Nous avions quitté lui,  le Collège Guillemin et moi le Lycée Bugeaud, deux établissements réputés. Les programmes scolaires de métropole n’étaient pas tout à fait les mêmes, autant  dans leur contenu et  dans leur déroulement, que ceux d’Algérie. Et nous avions un retard d’un mois à rattraper… Claude était en classe de 6ème moderne et moi en 6ème classique…Comme j’avais sauté une classe, et que j’avais obtenu une dispense d’âge – soigneusement et très respectueusement demandée sur « feuille de papier ministre », aujourd’hui on appelle ça format 21×29…-   pour me présenter à 9 ans et demi au concours d’entrée en 6ème, le jeune frère de maman voulait projeter pour moi le parcours scolaire qu’il aurait aimé accomplir… donc, je ferai des études classiques en choisissant le Latin…Je ne savais même pas ce que c’était… Le Gallia, l’Asse, les clubs de foot algérois, je connaissais. L’Hébreu, on apprenait à le lire dès l’âge de 5 ans à l’Alliance(*), je connaissais,  mais le Latin…Et pour tout dire, des deux premiers mois de 6ème passés au Lycée Bugeaud d’Alger, je n’ai pas conservé le moindre souvenir d’une quelconque émotion lors de l’apprentissage de cette langue… En revanche, dans ce nouveau Lycée, le Latin me causa bien des tracas jusqu’à ce que je puisse faire mon deuil de cette langue morte…

Ainsi, j’eus à subir l’adversité, et   l’acharnement d’un professeur de Latin , dont je tairai le nom,  M. B…, auteur d’une célèbre grammaire latine. Toujours agité et postillonnant, portant une paire de lunettes écaille noire qui glissait lentement sur son nez, les cheveux grisonnants toujours en bataille. En fait, je représentais pour lui  une victime idéale, l’image exemplaire du cancre venu d’Afrique du Nord…avec trois mois de retard. Il arriva quand même à me coller, entre les devoirs rendus et les interrogations orales, 22 zéro au cours du trimestre!
J’étais l’élève qu’on vouvoie avec mépris et qu’on humilie devant la classe indifférente . A chaque cours qui débutait, j’étais le premier  à être appelé  sur l’estrade pour être interrogé et à en redescendre pour rejoindre ma place au premier rang de tables,  la gorge serrée, prêt à pleurer, honteux de mon ignorance. J’étais celui à qui  l’on demandait de venir au tableau présenter à la classe son livre de latin, M. B. le saisissait alors  avec un dégoût affiché, en désignant les tâches de gras sur la couverture  puis il pinçait le haut de ma manche entre le pouce et l’index et sous l’impulsion d’un large geste du bras , il me faisait dégringoler de l’estrade .

Rosa, rosae, rosam, rosas , rosarum, rosis…

Devais-je lui raconter que nous venions d’emménager, et que les malles et valises s’entassaient dans une chambre près des matelas roulés par terre ? Que dans cette pièce se trouvait  la seule table pour faire notre travail scolaire, celle sur laquelle  nous prenions nos repas, quatre enfants et quatre personnes adultes ? Hé oui, notre logement dépannait déjà deux membres de notre famille, fraichement arrivés à Paris…
Qui connaissait parmi nos parents le nominatif, le vocatif,  l’accusatif, le génitif, le datif ou l’ablatif ? Rosa, rosae, rosam, rosas , rosarum, rosis, déclenchaient déjà les rires et je ne parle pas de « fortibus » ni de « prudentibus », qui réveillaient chez l’oncle Emile une passion subite pour les déclinaisons latines car il énonçait  aussitôt un chapelet de  « autobus », « terminus », « typhus »…entrecoupés de  rires saccadés, khè, khè,.khè… qu’il raclait du fond sa gorge !
 Qui aurait pu m’aider chez nous, dans mes thèmes et mes versions latines sans dictionnaire ? Qui se souciait de la condamnation à mort de Socrate,  lors de son procès, par le tribunal de l’Héliée ? Qui était Socrate, c’était quoi la cigüe ? Comment ça s’écrit ? Et pourquoi il l’a bue si c’était du poison ?… Khè, khè, khè…et l’Oncle Emile repartait de plus belle !…
« Il fera du Latin avait dit le frère de maman… » en effet, ça commençait bien…

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Comment faire le deuil d’une langue morte…

Bien des années après, je vis qu’une de mes nièces butait sur une version latine…Fort de ce passé dont je viens de parler, et ayant une revanche à prendre, je me mis à consulter assidûment son livre, persuadé de faire de cette version une affaire personnelle, un défi à relever, une sorte de thérapie d’une certaine manière…Son livre scolaire  de Latin était superbe, tant sur le plan des couleurs de l’iconographie  que du graphisme et des schémas. Ce n’était pas du tout ce pavé gris de 1kg imprimé
de petits caractères, illustré de sombres gravures, qui m’avait causé autant de tourments… Je compris enfin les déclinaisons et je me lançai réjoui, dans des explications qui  me valurent aussitôt  de ma nièce un supplément de  respect et d’admiration, je me sentis grandi, soulagé de mon ignorance passée en pensant que si j’avais eu un tel bouquin, j’aurais traduit l’Enéide …

Des années et des années  passèrent. Lors d’une réunion familiale j’évoquai devant ma nièce ce jour où mon aide lui fit si précieuse, et où ce fut pour elle une véritable source d’admiration à l’encontre du grand latiniste que j’étais devenu…Je n’avais pas terminé mon propre éloge qu’elle m’asséna « Et bien tu sais, j’ai eu la note de 2  à ce devoir, j’avais tout faux ! »
C’est ce jour-là que je fis définitivement le deuil de cette langue morte.

Durant cette période de l’après-guerre, l’enseignement classique secondaire attirait peu d’enfants issus du milieu ouvrier ou paysan, lesquels terminaient l’enseignement  primaire dans les classes de fin d’études des  écoles communales, lequel était sanctionné par le certificat d’études primaires, ou bien entraient aux «cours complémentaires», devenus les collèges d’enseignement général ou technique, qui les emmenaient jusqu’au Brevet. Pour l’enseignement secondaire, le lycée et  le collège recrutaient davantage parmi les enfants provenant de classes sociales plus aisées, chez cette  bourgeoisie représentée par les cadres fonctionnaires, les professions libérales, les chefs d’entreprises…

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extrait d’une étude de A. Gerard et L. Pressat(1962)

les pantalons de golf à carreaux…

Ainsi s’ajoutaient à mes différences de niveau et d’origine, celles du milieu social dont j’étais issu : une maman à la maison sans profession, et un père ouvrier tailleur, diplômé d’une célèbre académie de coupe et couture parisienne, mais à la  recherche d’un emploi. Aussi,  les paiements réguliers  des cotisations scolaires et des frais de  cantine  s’effectuaient bien souvent avec du retard…
Que ce soit au sujet de l’habillement : la plupart des élèves portaient d’élégants gilets en jacquard,  des chemises et cravates, de belles capes ou manteaux bien chauds, des bérets, des gants ….Pour affronter le froid parisien,  Noël cette année-là, se limita à l’achat de deux encombrantes canadiennes, épaisses,  en toile marron pour mon frère et moi. Côté mode, nous étions complètement décalés. Nous chaussions des  brodequins lacés haut, et portions d’élégants pantalons de golf  en laine à carreaux, bien bouffants,   de confection paternelle: une tenue bien pratique pour affronter les épreuves de saut en hauteur, pour grimper à la corde ou à la perche pendant les cours de gymnastique.  Car bien sûr, dès que je rejoignais la salle de sports  ainsi vêtu,  je devais faire face aux remontrances du professeur et rester sourd aux railleries et aux  rires moqueurs des autres élèves. Eux, portaient des chaussures de sport légères et une tenue de gymnastique marquée au nom du lycée. Tenue  qu’il nous fallait acheter… Mais pour nous, ce ne fut qu’un beau rêve et de vaines promesses faites  de semaine en semaine à l’enseignant,  oui, oui, nous  l’aurions la semaine prochaine…On arriva ainsi au  printemps, saison où nous pûmes remettre enfin certains vêtements que nous portions à Alger. Je me vis affublé d’une cuissette, qui tenait plus d’une  barboteuse que d’une tenue de sports…Nouvelles moqueries…Mais j’avais enfin appris à monter à la perche, la peau de mes jambes nues me permettait de mieux me cramponner au bois que l’étoffe en laine de mes pantalons !

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Le Massif central…

A mon arrivée, l’une des premières questions, auxquelles j’eus à répondre aux rares élèves curieux qui venaient  à moi, concernait l’existence de dunes de sable et la présence de chameaux dans ma ville d’Alger,…Bien évidemment comme mes réponses n’étaient  pas celles qu’ils attendaient, et que je détruisais une certaine image qu’ils avaient reçue de l’Algérie, à travers les affiches stylisées ou  les bandes dessinées de cette époque coloniale, ils repartaient sans manifester d’ intérêt. Ils n’écoutaient pas  mon histoire et  me laissaient planté,  avec un sentiment de frustration, et  l’espoir déçu devant l’échec d’une camaraderie peut-être naissante…
Au  début,  j’eus à supporter leur espièglerie et leur méchanceté : un matin, dans la cour, je répondis aussitôt sans méfiance   à l’appel de l’un d’eux, trop heureux d’être vu, mais lorsque je me retrouvai face à lui, il me repoussa alors violemment en arrière, me faisant culbuter lourdement sur son compère, qui entre-temps s’était agenouillé juste derrière moi.  La fois suivante, n’étant plus dupe, je dus me battre…et fus « invité » à venir le jeudi matin suivant  «en colle»…C’était quoi la «colle»?… «vous viendrez en colle »…
Je connaissais bien la colle blanche, celle des petits pots qui sentait bon l’amande,  ou  bien celle d’Alger qu’on préparait   avec notre jeune oncle, en faisant fondre dans l’eau bouillante des cristaux de gomme  arabique…Mais je découvris bien vite ce qu’était  la sanction du jeudi matin, dans cette grande salle un peu sombre, astreint  à faire de la copie durant deux heures. De colle en colle, je me familiarisai avec un garçon plutôt habitué au jeudi matin…Il venait du Massif Central – une découverte pour moi encore – Il y avait passé les vacances de Pâques, à la ferme, chez ses grands-parents, et il connaissait plein d’animaux, il posait des pièges aux oiseaux, il accompagnait son papy à la chasse… Je l’enviais terriblement !  Hé oui, moi je n’avais pas été élevé à la ferme, comme lui ! J’en ai rêvé de cette campagne qu’il me décrivait , et je lui suis reconnaissant  encore aujourd’hui de lui devoir un peu de cet intérêt que j’éprouve pour la nature.

Une autre grande salle, consacrée aux sciences naturelles, était meublée de hautes armoires vitrées sur les rayonnages desquelles étaient exposés différents squelettes de petits animaux. Il régnait dans cette pièce une forte odeur désagréable toute particulière, probablement liée à la présence de tous ces ossements. A cette époque, et pendant les  quelques années qui suivirent, je souffrais périodiquement de violentes névralgies  orbitales associées à des céphalées insoutenables. J’ai encore  gardé le souvenir de cette matinée où  j’étais arrivé au Lycée épuisé par une terrible migraine qui venait de se déclencher…Il me fallait  dessiner un crane de lapin, qui m’attendait posé sur une feuille de papier.  Je  percevais cette odeur comme totalement insupportable, à tel point que je dus m’échapper pour réprimer une nausée !

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Le printemps et l’été…

Lorsque les premières journées de printemps arrivèrent, parfois ensoleillées, la cour noircie du petit Lycée aux colonnes serrées, prit un autre aspect, plus riant. J’espérais y  ressentir à l’approche des beaux jours cette atmosphère si particulière, si familière de mon Lycée Bugeaud à Alger : tout blanc, ces hautes galeries surplombant la cour bordée d’arbres à l’ombre accueillante, ce petit coin où l’on achetait à la récréation, pour quelques francs, une coka réchauffée et savoureuse qui calait bien notre faim  jusqu’à midi. Mais, même  lorsque le soleil faisait son apparition, l’air frais  d’avril révélait encore en lui  la fumée des cheminées voisines, le printemps n’était vraiment  pas le même d’une latitude à l’autre…

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Juin…le mois libérateur arriva enfin, il fut beau et chaud ce début de l’été 1951. Nous pouvions retrouver les affaires que nous portions quelques mois plus tôt à Alger : des marinières à rayures bleu-roi et blanches, les shorts et nos chaussures de tennis blanches. Adieu les brodequins et les canadiennes ! Il fallut pourtant tenir tête à maman pour ne pas porter les vestes sahariennes confectionnées par notre père, couleur sable, poches plaquées, ceinturées à la taille, véritables modèles réduits  de celles portées par les adultes des pays chauds.

S’il m’arrivait plus rarement d’observer cet appartement  situé au 1er étage de la rue d’Amsterdam, mon frère et moi nous attardions très souvent à rêver devant la vitrine d’un magasin, situé sur le trottoir opposé, face à la sortie du lycée. Il y était exposé de nombreux modèles-réduits et des maquettes de locomotives, de tenders, de wagonnets et de voitures de voyageurs aux couleurs rutilantes. Le nez collé à la vitrine, désignant de l’index, les éléments que nous voulions assembler, nous en avons construit des rames  de trains de voyageurs ou de marchandises ! Cette boutique existe encore après 70 ans, et c’est avec attendrissement que je m’y arrête parfois encore…

Le bilan de cette première année scolaire parisienne fut catastrophique, et pour mon frère aîné et pour moi. J’étais certes admis à redoubler ma classe de 6ème, mais je n’éprouvais aucune envie à me retrouver seul  l’année suivante dans ce lycée, puisque Claude devait en effet  rejoindre une classe de fin d’études. Nous continuâmes donc notre scolarité dans une école communale à Montmartre.
Si cette année fut difficile sur le plan scolaire, elle fut très pénible à vivre sur le plan familial pour de multiples raisons. Aussi lorsque l’été fut là, le soleil et la chaleur aidant, nous nous débarrassâmes de ce manteau d’hiver pesant lourd, des difficultés d’adaptation, de subsistance, de séparation et de coexistence.

Paris, ville si différente d’Alger, nous donnait chaque jour un peu d’elle-même, et ce peu que nous apprenions à découvrir et à saisir était meilleur que celui de la veille.

Paris, ville authentique et généreuse,  sait si bien donner à ceux qui savent recevoir.

J’ai décrit ici des souvenirs de cette première année de scolarité vécue au Lycée Condorcet, mais je ne peux pas ignorer que six  années auparavant, dans le Lycée de Proust et de Bergson, quatre lycéens juifs seulement,  sont revenus sur près de 300 qui y étaient présents  avant la guerre. Les raisons sont diverses : fuite vers la zone libre, déportation, entrée dans la résistance, exécutions…Rappelons leur mémoire, sans oublier de rendre hommage à ceux de leurs camarades non-juifs qui les ont si courageusement soutenus.

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extrait de « les lycées dans la Resistance » par Claude Robinot

 

 (*) école de l’Alliance Israëlite Universelle

 

 

 

 

 

 

 

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