“Le temps de la découverte…”

…ou une histoire de recherche comme tant d’autres.

F06-10-2019 15-08-14

Il s’agit d’une des recherches parmi d’autres, initiée dans notre laboratoire de la Faculté de Médecine Necker… en 1992, afin de comprendre et d’optimiser la réponse immunitaire, et de trouver une approche  pour améliorer la défense d’un organisme contre les agressions virales ou (et) microbiennes.

Nous découvrirons plus tard avec une jeune doctorante Neetu Gupta… deux gènes impliqués dans cette réponse que nous nommerons “Deltex” et “KLHL6“, et que nous caractériserons en 2003. Nous nous focaliserons plutôt sur le gène “KLHL6“, dont nous pensions qu’il pourrait jouer un rôle au vu de certains résultats. Mais quelle était sa fonction?

Une des façons, entre autres, de répondre à ce type de questions, par une approche moléculaire, est de retirer ce gène d’un organisme qui l’exprime afin d’observer les modifications que ce retrait entraîne à priori, dans différents compartiments biologiques : par exemple le cerveau, le rein, le foie, la rate, la moelle osseuse, etc…Et de comparer ces modifications à la fonction normale de ces organes.

Nous supprimerons donc ce gène chez la souris pour comprendre son rôle en observant les modifications de sa réponse immunitaire (donc au niveau des organes comme la rate, la moelle osseuse, etc… ).

Dans ce but, il me faudra plus d’un an pour réaliser une construction moléculaire nécessaire à ce projet et presque autant pour la recommencer du fait d’un résultat erroné… L’isolement de souris déficientes dans ce gène particulier “KLHL6″ demandera également près d’une année. Aujourd’hui, le temps nécessaire à la réalisation de ce type de manipulations génétiques a été réduit considérablement grâce à une méthode révolutionnaire qui n’existait pas encore lorsque nous avions initié ce travail.

Début Juin 2005, nous commençons les premières analyses comparatives des cellules d’organes issues de souris normales et des cellules identiques de souris ayant perdu ce gène “KLHL6“. Les premiers résultats sont très encourageants… je pars en vacances, serein et nourri d’espoirs.

A l’automne 2005, à mon retour …douche froide ! Une équipe américaine, utilisant une stratégie différente, isole le même gène que celui que nous avons isolé, phénomène assez rare, et publie une série d’expériences sans apporter une explication définitive sur le rôle de “KLHL6″ .
Pour ma part, j’étais parti en vacances le cœur léger et empli d’espérances quant aux perspectives physiologiques de ce gène (je revenais  soulagé d’avoir évité de justesse l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans…) j’eus la désagréable impression me de sentir l’herbe coupée sous le pied…

Commença alors une dernière année d’activité professionnelle très chargée : durant plusieurs semaines je débutais ma journée à l’Institut Curie à 6h du matin pour initier de longues expériences, toutes nouvelles pour moi, sous la conduite de personnes possédant le  “savoir faire”… Très riche sur le plan de l’acquisition expérimentale, rien de nouveau ne sortit de cette longue période qui me vit partir à la retraite, frustré, un peu comme si l’on m’avait arraché ma copie des mains …

Ainsi depuis mon départ à la retraite en 2006, il aura donc fallu près de 11 années pour comprendre le rôle important que ce gène “KLHL6” joue dans la différenciation cellulaire des lymphocytes, grâce à la collaboration de plusieurs chercheurs, doctorants, ingénieurs et techniciens mais surtout sous l’impulsion, l’analyse la perspicacité des deux Directeurs de notre Unité INSERM: C.- A. Reynaud et J-C Weill.

Ce récit  n’a pas d’autre ambition que celle de décrire l’importance de la collaboration pluridisciplinaire dans le domaine de la recherche.  Le nombre d’auteurs  ayant participé à ce projet témoigne de cette nécessité: il faut du temps pour acquérir le savoir-faire dans une spécialité particulière, et il faut aussi de l’expérience pour analyser les résultats obtenus. Ce fut le cas de ce travail qui nécessita des collaborations dans différents domaines de spécialités. Même si “le temps c’est de l’argent“, il n’en reste pas moins vrai que ce travail initié en 1992 demanda de nombreuses années pour aboutir. L’enjeu de ce projet comme pour beaucoup d’autres thématiques dans ce domaine, était de taille et sa réalisation fit appel à l’utilisation de techniques sophistiquées. Précisons que le chercheur est souvent engagé sur plusieurs projets dans sa spécialité qu’il mène parallèlement à son projet principal. Ce qui fut mon cas.

Félicitations à Barbara Bertocci qui prit le relais à mon départ, et qui  sut mener ce projet à son terme avec toute l’énergie qu’elle possède, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui ont contribué à ce beau résultat.
Et pour moi, vous l’aurez compris, c’est bien sûr une très belle récompense…

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