Le Vel d’Hiv: le jour où les écureuils cessèrent de tourner…

Ecole de la rue du Mont Cenis à Montmartre. A 12 ans, en 1952, je partageais ma table d’écolier avec un copain dont les parents exploitaient un magasin de fruits et légumes dans le quartier.
Garçon apparemment bien nourri, au teint rougeaud, il portait une paire de lunettes d’écaille aux verres épais, avait les derniers porte-plumes à oeil-loupe, ou crayons à bille, des compas et rapporteurs sophistiqués très compliqués, et possédait chez lui un énorme jeu de Meccano…
Je l’enviais beaucoup…et davantage encore lorsqu’il me racontait les soirées qu’il passait avec son père au « Vel d’Hiv. ». Ils emmenaient avec eux des sandwiches, des fruits et du café dans un thermos pour assister jusqu’à tard dans la soirée à la « ronde des écureuils »…

6 JOURS DE PARIS
10 mars 1939, Vélodrome d’Hiver, Paris. Dernière édition des Six-Jjours de Paris avant la seconde guerre mondiale. Entre deux courses les coureurs se réfugient dans les cagnats (au bord de la piste), lieux où ils peuvent se reposer, se faire masser, se restaurer ainsi que faire réparer leurs vélos. (Photo Collections L’Équipe)

A cette époque le vélodrome d’hiver accueillait les « 6 Jours de Paris », une course cycliste réputée, où avaient lieu diverses compétitions : endurance, poursuite, vitesse, en individuel, par équipes. Bref ça tournait pendant 6 jours sans interruption, les sportifs dormaient sur place de courtes heures avant de se relayer sur la selle de leurs vélos. La partie centrale du Vélodrome était reservée en soirée pour proposer une restauration de luxe sur de belles tables nappées de blanc. Venaient alors pour y diner et se montrer , les personnalités et artistes de l’époque, les chanteurs et comédiens…Et c’est à celui ou celle qui octroierait une prime pour la prochaine course, prime qui était annoncée par la voix forte et particulière du speaker, en précisant le nom du généreux donateur…c’était la fête,et souvent l’accordéon d’Yvette Horner comblait les silences entre le brouhaha de deux courses ou de deux annonces au haut-parleur.
C’était le Paris de l’après-guerre qui voulait rattraper le temps perdu…
le-v.lodrome-dhiver-vel-dhiv
La télévison retransmettait certaines courses et les caméras se rapprochaient du parterre central pour débusquer un ou une artiste incognito afin de l’interviewer.
Pour autant que je m’en souvienne, aucune allusion, à peine voilée, n’était faite par les commentateurs pour évoquer à l’occasion,  les évènements tragiques vécus dans ce lieu par des milliers d’êtres humains dont une centaine , des adultes principalement, reviendront à la libération des camps.

70-ans-rafle-vel-dhiv-16-17-juillet-1942-l-umi8dp_597_398
Et pourtant.
Et pourtant j’ignorais totalement ce passé récent combien pathétique et tragique que connurent alors 13.152 personnes ( dont 4051 enfants), parce que juives et étrangères, râflées et entassées dans ce lieu le 16 et le 17 Juillet 1942. La plus importante vague de déportation de Juifs au cours de l’Holocauste.

gettyimages-543893626_0

Je connus les détails de cette râfle un peu plus tard, un peu plus âgé, mieux informé, tout comme je découvrai alors le sens des mots « fascisme » et « fascistes ». Agé de treize ans, Lors d’une réunion avec des E.I.F (Eclaireurs Israélites de France) en vue de préparer un camp de vacances, je butai sur le sens  de ces deux mots…Un copain juif askénase, étonné par mon ignorance, m’expliqua alors la racine de ces termes et leur signification historique…
Hé oui, lorsque enfant juif, on quittait comme moi en 1950 l’Algérie, même en laissant derrière soi une histoire parfois douloureuse et endeuillée, on apprenait en grandissant une autre histoire plus terrible et plus dévastatrice pour le peuple juif sous l’empire nazi: celle de l’Holocauste.

Lorsque mon copain me faisait rêver en me racontant ses soirées du vel d’hiv et quand la cloche tintait joyeusement avant le départ de chaque course , pouvais- je savoir que ce temple, où l’on célebrait le digne sport cycliste et ses valeurs d’endurance et de courage, avait pu être, dix ans auparavant, l’antichambre de la mort pour des milliers de Juifs avant leur voyage pour l’enfer?

19989731_10155121407869678_2228505470015243110_n - Copie

 

VLUU L100, M100  / Samsung L100, M100

Oui, quelque soit le lieu où on les vit, les enfances ne se ressemblent pas.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s